La propagande avait bien rempli son office. Ce n'est plus d'une poignée d'hommes que disposait le Führer, mais de centaines de milliers, ivres d'orgueil, bourrés de haine, mentalement fanatisés par le mythe de la supériorité de la "Race des Seigneurs",et à qui tout était promis comme tout était permis.
Tout ce qui végétait, tout ce qui enviait, tout ce qui chômait sans espoir, tout ce qui ne mangeait pas à sa faim, tous les lâches aussi qui préféraient donner la mort que la subir, les malheureux mélangés à la lie, étaient invités à la grande curée.
Les jeunes se voyaient l'objet particulier de ses soins. Il les définissait ainsi : "Une jeunesse puissament active, dominatrice, brutale, voilà ce que je désire...Je veux voir dans leurs regards l'étincelle d'orgueil et d'indépendance que l'on voit dans le regard des fauves. Je ne veux pas d'entraînement intellectuel. La connaissance, c'est la ruine pour mes jeunes gens" (...)
On les empêchait de penser en les gorgeant de slogans. On leur désignait les "ennemis" à abattre et ils étaient nombreux. (...) Il s'agissait de transformer ces garçons égarés, en brutes orgueilleuses, ignorantes et féroces ; toute leur éducation consistait à faire remonter du fond d'eux-mêmes les pires instincts.
Et ce fabricant de fauves, content de son ouvrage, concluait : "Ils ne seront plus jamais libres, leur vie entière".
Le mépris de l'homme, de l'homme non-aryen, est donc à la base de tout.
Mais mépriser l'homme ne suffit pas, il faut le rendre méprisable, et donc le dégrader.
Mais ce n'est pas encore assez, il doit être haïssable, pour donner du coeur au bourreaux. Fanatisme chez les uns, dégradation chez les autres, tout le système des camps de concentration est fondé sur cette double assise."
propos de Louis MARTIN-CHAUFFIER
dans la préface de La Déportation
